A rebours des théories antérieures, qui insistaient sur les comportements pro-sociaux du Web, le Digital Labor et la figure du travailleur du clic pointent les phénomènes de captation de la valeur par les plateformes numériques, qui vont de pair avec de nouvelles formes de paupérisation et de précarisation des producteurs de contenus, au mieux mal rémunérés, et travaillant gratuitement la plupart du temps. On est loin de l’émancipation promise et espérée aux premiers temps de l‘internet. Comme le résume avec humour le sociologue Dominique Cardon : “Internet était sympa, il ne l’est plus”. Dans le champ de la ville, le numérique comprend aussi des travailleurs expérimentant de nouvelles formes de précarité, comme les livreurs payés à la tâche qui travaillent pour Deliveroo, les conducteurs indépendants des plateformes de VTC comme Uber, ou d’autres plateformes du même type. C’est également la captation à grande échelle de traces GPS par les applications utilisées par les urbains (ex. Googles Maps) : de plus en plus, se déplacer dans la ville ressemblera au parcours de l’internaute, scruté et mémorisé par une multitude d’acteurs gourmands en données personnelles. La notion de digital labor pose enfin la question du bénévolat des citoyens/ usagers. On peut prendre l’exemple des plateformes de sociabilité de proximité qui s’appuient sur des « ambassadeurs » rémunérés en points et en badges numériques, ce qui pourraient donner l’illusion de pouvoir remplacer les animateurs rémunérés par la collectivité par ces “ambassadeurs” dans les quartiers populaires par exemple. Dans quelle mesure le recours de la collectivité au bénévolat est-il légitime, à travers une plateforme ou pas? Et ne prenons-nous pas le risque d’un progressif burn-out citoyen au fur et à mesure que les pouvoirs publics se déchargeront sur lui ?